4-2 - L'effet rebond et les maisons passives

Le sommaire des infos et concepts des maisons passives

Limiter la consommation d’énergie des constructions, notamment grâce aux maisons passives, c’est réduire la pollution. Un corollaire de cette démarche écologique devrait être une économie en terme de factures énergétiques mensuelles. Ce n’est pas si simple. Une réduction de la consommation ne rime pas toujours avec une réduction proportionnelle de la pollution et des factures.

Le sentiment d’économie incite à une amélioration du confort, probablement déraisonnable mais incontrôlable car quasi-instinctif et parce qu’il en coûte moins cher. Cette tendance, qui résulte généralement d’une augmentation des températures de consigne des thermostats, provoque une augmentation de fait des consommations énergétiques dont l’ampleur est souvent difficile voire impossible à estimer par l’utilisateur. La réduction des factures et de la pollution s’en trouve d’autant plus limitée que les bâtiments sont performants. C’est un « effet rebond »

« L’effet rebond » est une conséquence intrinsèque à l’action mise en œuvre. C’est un effet négatif qui limite ou s’oppose à toute ou partie des objectifs initiaux même parfaitement définis et d’apparence extrêmement logiques.

Ce constat doit nous inciter à intégrer largement et systématiquement la psychologie humaine à toute décision et a ne pas se limiter seulement à la logique immédiate, même la plus évidente. Les solutions de recherche d’économie d’énergie dans la construction doivent être basées en priorité sur celles qui améliorent le confort au maximum pour limiter cette réaction très défavorable. Cette conclusion devrait inciter encore plus à privilégier la qualité de l’isolation plutôt que celle des systèmes de chauffage, même très performants, parce que c’est le seul choix qui permette de limiter les besoins énergétiques toute en améliorant simultanément le confort au maximum. C’est le principe de base des constructions passives au standard Passivhaus.

Dans tous les cas, mais surtout lorsque cet effet néfaste sera évité, l’économie d’énergie réalisée laissera un capital mensuel disponible pour le développement d’activités. Qu’elles soient nouvelles ou déjà existantes, ces actions pourront être à la base d’une augmentation de la pollution parce qu’elles nécessiteront peut-être l’usage de nouvelles sources d’énergie. Si tel est le cas, l’objectif initial qui consiste à limiter la pollution sera également totalement raté.

Les effets rebonds, qui ne sont pas toujours prévisibles, peuvent se cumuler pour neutraliser voire même inverser les résultats attendus.

L’effet rebond ne touche pas uniquement les problèmes de pollution ou de consommation d’énergie.

La spéculation liée aux installations photovoltaïques est un exemple d’un tel effet qui a permis à quelques-uns de bénéficier d’avantages financiers importants aux détriments des autres. Les réactions erratiques du gouvernement et les tentatives désordonnées voire même incohérentes pour tenter de régler le problème découlent de sa mauvaise prise en compte.

La plupart des cercles vicieux découlent de cet effet. Les banques augmentent les taux de prêt quand les risques augmentent pour limiter le nombre d’emprunteur. Mais les bénéficiaires, qui sont dans l’obligation d’accepter malgré tout ces prêts à des taux plus élevés, augmentent les risques des banques du fait de l’augmentation du taux. Et les banques augmentent encore plus leurs taux… Ce problème est au moins en partie celui des dettes souveraines actuelles.

D’autres exemples sont donnés sur l’article « Effet rebond » de Wikipédia en ce qui concerne notamment les voitures ou la consommation de papier en liaison avec le développement de l’informatique.

Les bâtiments BBC semblent poser un tel problème, au moins en partie, puisque de nombreuses études démontrent que les températures de consigne sont pratiquement toujours supérieures aux températures prévues dans les calculs. L’aberration de la fixation d’une température de consigne à 19°C, la mauvaise qualité des calculs conventionnels conjugués avec des bâtiments dont les parois ne présentent pas des qualités d’isolation suffisante et, malgré tout, un sentiment d’économie conduisent fréquemment à fixer la température de l’air à 21 ou même parfois à 22°C. Les bâtiments BBC dont la réglementation technocratique n’a pas pris en compte la psychologie individuelle ne donnent pas toujours satisfaction contrairement aux maisons passives. Ce sera encore vraisemblablement le cas des bâtiments conformes à la RT2012.

Dans les constructions passives la température de consigne est fixée à 20°C et la méthode de calcul n’est pas basée sur des conventions mais sur la réalité de la physique. La qualité du bâtiment et de ses parois prévaut sur celle du système de chauffage qui devient rudimentaire parce que faiblement utile. Le besoin de confort individuel est un corollaire du concept. Les constructions de ce type ne pourront toutefois pas résoudre le problème de l’effet rebond lié à l’énergie, bien au contraire, puisqu’elles permettent, dès le départ et à long terme, de baisser fortement le coût global et donc les factures énergétiques mensuelles du bâtiment. Ce sera alors à chacun de choisir la façon dont ces économies d’énergie seront dépensées et d’éviter les conséquences nuisibles d’une plus grande liberté financière.

En définitive l’effet rebond ne pourrait vraisemblablement être limité que par la mise en place simultanée de taxes carbone et d’une augmentation du prix des énergies polluantes.

En résumé :
        • L’effet rebond est une conséquence négative intrinsèque à l’action mise en œuvre.
        • C’est une réaction qui limite ou s’oppose à toute ou partie aux objectifs souhaités
        • Un effet rebond n’est pas toujours prévisible.
        • Les effets rebonds peuvent se cumuler pour neutraliser voire même inverser les résultats attendus.