4-13 - Aucun plan ne peut garantir qu'une maison sera vraiment passive (V2017)

Le sommaire des infos et concepts des maisons passives
Quelles sont les différences entre les plans d'une maison passive et ceux d'une maison classique RT2012? Peut-on savoir si une construction est à ce niveau de performance thermique en observant seulement le plan de chacun de ses niveaux? Est-on sûr d'atteindre cet objectif en s'inspirant des exemples de maisons passives proposés sur ce site? En d'autres termes, peut-on vous proposer des plans permettant la réalisation à coup sûr d'une construction atteignant un tel niveau de performance? En quelque sorte, de bons plans, peut-être même le plan idéal…

Les plans de masse


Une maison passive est en partie chauffée par les rayons du soleil. C'est donc avant tout une maison bioclimatique.

Son orientation par rapport au sud est donc déterminante. Elle ne l'est pas seulement parce qu'elle permet d'augmenter largement les apports de chaleur gratuite et non polluante en hiver, mais aussi parce que c'est la seule direction qui permette également de s'en protéger en dehors de cette saison notamment grâce à des pare-soleil fixes. Leur forme et leurs dimensions peuvent être déterminées en fonction des trajectoires du soleil afin de limiter fortement les risques de surchauffe en période de canicule sans fermer les volets. À l'avenir, l'évolution climatique que nous avons provoquée va même accentuer l'importance de ce facteur. Lorsqu'une maison bioclimatique est bien conçue et que le choix de l'orientation est libre, positionner la façade principale face à la rue ne doit plus être qu'un lointain souvenir, sauf si bien sûr elle est orientée dans la bonne direction.

L'implantation de la maison sur son terrain va bien au-delà de la simple orientation face au sud. Rien ne sert en effet d'orienter correctement une façade si les ombrages environnementaux annulent l'effet escompté. Une maison bioclimatique doit non seulement être correctement orientée, mais elle doit être située aussi loin que possible des ombrages qui détérioreraient les apports solaires en hiver. Il est même parfois préférable d'être moins bien orienté s'il est possible de minimiser les ombrages contreproductifs. La position la moins problématique est généralement le plus au nord possible. La seule solution permettant toutefois de choisir la meilleure orientation et la meilleure implantation sur le terrain, celle permettant d'améliorer les performances thermiques gratuitement et en toute connaissance de cause, consiste à comparer des bilans thermiques dans les divers cas envisagés.

Sur une vue aérienne ou un plan de masse, l'orientation de la construction vers le sud, l'implantation sur le terrain en fonction de l'environnement et notamment des ombrages bienvenus comme malvenus, la présence de pare-soleil et celle de végétation dans toutes les directions sauf le sud sont des indicateurs d'une construction bioclimatique. Cette conception ne peut toutefois et en aucun cas présager de la conception passive d'une construction existante ou de celle à venir.

Les plans de l'enveloppe


Si une photo aérienne ou un plan de masse ne permet pas de juger de la qualité thermique d'une construction, qu'en est-il des plans du bâtiment lui même? Existe-t-il des particularités résultant des concepts passifs qui permettent d'en avoir une idée?

Les maisons passives ont une particularité : elles sont très isolées. L'épaisseur des isolants est toujours largement supérieure à la pratique habituelle, même en comparaison avec une construction RT2012. L'isolation doit être continue. Les ponts thermiques résultant d'une rupture de l'isolant ne sont pas compatibles avec ce type de construction. Même si c'est une aberration d'un point de vue du confort estival, du fait de l'absence quasi totale d'inertie par absorption, une construction passive en rez-de-chaussée peut être isolée par l'intérieur à condition qu'il y ait continuité totale de l'isolant de toutes les parois, sol, murs et toit. Ce type de volumétrie est le seul qui permette d'assurer cette continuité. Dans tous les autres cas, et donc dès qu'il y a présence d'un niveau, l'isolation doit être réalisée dans la masse ou par l'extérieur.

Excepté dans les régions en bordure de la Méditerranée, les fenêtres triples vitrages sont une obligation quasi systématique. Ils ne sont quasiment utilisés qu'en maison passive. Couplés à des grands vitrages bien orientés vers le sud et absent ou quasiment absents de l'est et de l'ouest, ils accentuent l'aspect bioclimatique de la conception notamment quand ils sont protégés par des pare-soleil.

Les locaux annexes encastrés dans une construction sont autant de risques de ponts thermiques insolubles et de présence de porte insuffisamment isolante et étanche à l'air. L'absence de locaux ainsi imbriqués garantit d'éliminer systématiquement les ponts thermiques difficilement évitables autrement. Un sas éventuel, non chauffé, peut regrouper l'ensemble des portes donnant vers ces annexes et l'extérieur. S'il existe, il ne doit pas être lui imbriqué dans la construction.

La compacité n'est pas un concept spécifique aux maisons passives, mais elle s'impose de fait pour limiter le prix de construction. La faible puissance maximale de leurs systèmes de chauffage résultant des principes de base mis en œuvre impose au moins de prendre en considération cette option géométrique gratuite. Sans action possible sur la puissance du système de chauffage, la solution la plus efficace pour respecter les critères du concept consiste en effet à améliorer les performances des parois. La compacité est une des solutions qui permette d'y parvenir sans exploser les prix parce que les surfaces des parois sont alors minimisées.

La présence visible et simultanée d'une épaisseur d'isolant souvent supérieure à celle de la structure à laquelle ils sont adossés, notamment quand ils sont continus et placés à l'extérieur, de menuiseries triples vitrage de grandes tailles ombragées par des pare-soleil, de locaux annexes ou encore d'un sas non imbriqués dans la zone chauffée, n'indiquent pas qu'une maison est passive, mais il confirme une qualité thermique inhabituelle notamment lorsque la construction est compacte.

Les plans d'aménagement


Dans une construction bioclimatique, les locaux de service sont placés au nord tandis que les pièces de vie sont au sud. Les locaux nord sont sensés protéger les locaux sud en évitant leur contact avec les parois les plus froides. Cette vision traditionnelle n'a plus aucun intérêt en maison passive du fait des épaisseurs des isolants. Elle permet toutefois de laisser les principaux locaux bénéficier des rayons du soleil tant pour améliorer l'éclairage que le chauffage face au jardin.

Si les baies les plus grandes doivent être situées au sud, celles situées au nord ne doivent pas être omises. Ces dernières permettent une ventilation traversante nocturne particulièrement efficace. Elles sont indispensables. Les fenêtres situées à l'est et à l'ouest, qui laissent passer plus de chaleur en été qu'en toute autre saison, au moment où elle est contreproductive, doivent être bannies des constructions sauf si elles peuvent être ombragés artificiellement par les pare-soleil, naturellement par des plantations, des arbres à feuilles caduques par exemple, ou par l'environnement.

Un local technique est quasiment inévitable dans une maison passive. Il est indispensable d'y regrouper la VMC double flux avec ses équipements spécifiques ainsi que la batterie hydraulique du puits provençal post VMC et la cuve du CESI, le chauffe-eau solaire individuel. Il offre la possibilité de regrouper également l'armoire électrique, celle des nourrices ainsi que celle indispensable à la distribution des gaines de ventilation. Il est le lieu idéal pour installer une machine à laver le linge, un sèche-linge et un étendoir. Doté d'un bac à laver, il devient donc multifonction et se transforme en buanderie. Il peut aussi permettre l'installation d'un congélateur et plus généralement de tout appareil bruyant.

Les plans de détails


Une construction ne peut être passive que si les ponts thermiques y sont éradiqués. En l'absence des plans de détails spécifiques au projet, notamment ceux de toutes les jonctions entre matériaux différents, il est totalement impossible de savoir s'ils ont été traités ou non et il est impossible de les calculer. Qui garantit par exemple qu'il n'y a pas continuité entre le plancher du rez-de-chaussée d'une maison et ceux de la terrasse ou des annexes situées au même niveau? Qui peut assurer que les nez de planchers sont isolés à tous les niveaux? De tels ponts thermiques seraient rédhibitoires.

En conclusion


S'il est possible de s'assurer visuellement d'une conception bioclimatique, il n'y a aucun moyen de savoir si une maison sera passive en observant seulement ses plans. Par corollaire, il n'existe pas de plan spécifique permettant d'assurer qu'une maison sera passive. Il existe par contre des plans qui permettent de faciliter la réalisation de maisons passives parce qu'ils respectent, entre autres, les contraintes ci-avant. Les exemples visibles sur ce site en font bien sûr partie, mais aucun d'eux n'est suffisant pour s'assurer du résultat.

Il n'existe pas de bon plan capable de garantir la réalisation d'une maison passive,
mais il existe des exemples capables de faciliter leur conception.

Jean-Michel Pupille - Architecte D.P.L.G.


En résumé :

  • Les plans peuvent permettre de reconnaître une maison bioclimatique
  • Ils permettent du supposer qu'une construction est très performante sans pouvoir savoir si elle est passive ou non
  • Ce n'est pas parce que des plans sont adaptés à une maison passive qu'elle le sera nécessairement
  • Les exemples de maisons passives ne sont pas suffisants pour réaliser une maison passive
  • Seuls les calculs thermiques permettent de savoir si une maison sera passive ou non


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