6-13 - Les limites des murs perspirants

Le sommaire des infos et concepts des maisons passives
Les murs respirants permettraient d’assurer une régulation de la température, de l’humidité et, parfois même, beaucoup plus fort, du taux de gaz carbonique intérieur, le CO2 émis par les occupants de constructions particulièrement écologiques. Le terme « perspirant » est, la plupart du temps, substitué au mot respirant parce qu’il peut paraître plus significatif de la réalité du concept. Ce vocable est, semble-t-il, un néologisme emprunté au milieu médical pour définir la capacité des parois extérieures à réguler, à minima, la concentration de vapeur d’eau à l’intérieur des logements. De telles parois seraient capables d’éviter une concentration intérieure trop importante de vapeur d’eau néfaste tant à la santé des individus qu’à la conservation des constructions.

Encore une fois, tel que précisé dans l’article « Qu’est-ce qu’un isolant thermique ? », les seules règles qui comptent sont celles de la physique et de la logique trop souvent opposées aux seuls intérêts économiques de nombreux acteurs du secteur de la construction traditionnelle autant qu’écologique.

Les parois perspirantes seraient en mesure de réguler la température intérieure !
La métaphore qui consiste à comparer les parois perspirantes avec la peau de l’homme se limite à ce qu’elle est : une comparaison imaginative sans aucun fondement physique. Quand il fait froid la peau est refroidie et ne régule rien. Quand il fait chaud, le principe de régulation de la température du corps est uniquement le fait de la sudation. Son rôle est de refroidir d’abord la peau grâce à l’évaporation de la sueur puis le corps entier, par conduction de la chaleur interne du corps vers la peau devenue plus fraîche.

La comparaison amène à la conclusion que, quand il fait froid, la perspiration des parois est inefficace. Quand il fait chaud, la même comparaison conduit à penser que ce type de paroi pourrait fonctionner. La nécessité d’une forte chaleur implique, d’une part, que les parois perspirantes ne pourraient fonctionner, au mieux, qu’aux plus fortes chaleurs de l’été et réguler la température intérieure seulement quelques mois par an. D’autre part, pendant cette période, la seule chose qui puisse ressembler, dans nos logements, au principe de la transition de la sueur au travers de la peau est la transition de la vapeur d’eau à travers les parois. La comparaison, conduit immédiatement à voir que la vapeur d’eau n’a strictement rien à voir avec de la sueur plutôt équivalente à de l’eau liquide. Contrairement à la sueur qui refroidit la peau en s’évaporant, il n’existe aucun phénomène physique qui permette à la vapeur de refroidir la paroi. La vapeur d’eau ne peut pas s’évaporer une deuxième fois pour refroidir les façades. De plus, pendant les journées d’été, l’air extérieur plus chaud que dans le logement contient souvent une plus grande quantité de vapeur d’eau qui à alors tendance à migrer vers l’intérieur et ne peut donc pas réguler la température telle la sueur du corps humain.

Une paroi perspirante ne peut dont, d’aucune manière, réguler la température intérieure. Ce rôle est celui de l’isolation thermique et, dans une moindre mesure, celui des inerties thermiques.

Les parois perspirantes seraient en mesure de réguler la vapeur d’eau !
Le paragraphe précédent vient de montrer, qu’en été, les parois perspirantes ne peuvent pas toujours baisser le taux d’humidité intérieur, c’est même parfois l’inverse qui se produit. En hiver, l’air extérieur est plus froid que l’air intérieur. La vapeur à tendance à migrer vers l’extérieur plus sec et donc à assécher l’air intérieur. Plusieurs phénomènes peuvent avoir lieu en fonction du niveau d’isolation des parois extérieures. Les murs perspirants mal isolés provoquent des pertes thermiques importantes et, à l’image des vitrages peu efficaces, des condensations superficielles intérieures qui finiront rapidement par laisser apparaître des moisissures. Les murs perspirants bien isolés ne créent pas de tels problèmes mais d’autres, parfois plus graves, notamment lorsque la température extérieure devient négative. La vapeur qui transite vers l’extérieur de la paroi se refroidit. À force de se rapprocher de l’extérieur et de se refroidir, elle se condense et reprend sa forme liquide. Si la température extérieure est très basse, elle peut même se transformer en glace à l’intérieur même des parois. La glace se dilate alors telle l’eau d’une bouteille placée dans un congélateur. Le résultat est soit des décollements d’enduits, soit des fissures qui peuvent rendent le bâtiment impropre à sa destination.

Soit les parois perspirantes ne peuvent pas réguler la vapeur d’eau parce qu’elles sont de mauvaises qualités thermiques et provoquent le développement de moisissures, soit elles ne peuvent pas le faire parce qu’elles sont de bonnes qualités thermiques et peuvent provoquer des fissures en façade. La vapeur doit être stoppée avant de pénétrer dans les parois. Ce rôle est celui des pare-vapeurs.

Les parois perspirantes seraient en mesure de réguler la quantité intérieure de CO2 !
Génial !!! Les détenteurs de la technologie ultime de telles parois pourraient à eux seuls résoudre le problème du réchauffement climatique en participant à la réduction immédiate et permanente du CO2 que nous produisons tous au quotidien de par notre usage immodéré des énergies fossiles. Plus sérieusement, aucune justification n’est jamais fournie parce que, sauf à réaliser des parois miraculeuses capables d’agir, à l’image de la végétation, de manière à absorber le CO2 par photosynthèse ou grâce à un nouveau procédé particulièrement écologique, inconnu de tous sauf de leurs géniaux créateurs, il n’existe, à ce jour, aucune solution basée sur la physique ou la chimie permettant d’atteindre ne serait-ce qu’un semblant de résultat.

Les murs perspirants n’ont aucune possibilité d’agir sur la régulation du CO2 libéré par notre présence à l’intérieur de nos habitations. Les parois perspirantes ne peuvent en aucun cas assurer le rôle de la ventilation.

Les trois paragraphes précédents viennent de démontrer qu’il n’existe aucune loi de la physique capable de démontrer l’intérêt des parois respirantes ou perspirantes, bien au contraire.

Les seuls moyens passifs en mesure de réguler la température intérieure sont l’isolation thermique et l’inertie thermique par transmission et par absorption déjà traitées dans les articles « Pourquoi isoler un bâtiment ? » et « Comprendre l’inertie thermique ». Il n’en existe aucun autre. Les seuls moyens de réguler la vapeur d’eau sont les pare vapeur et la ventilation naturelle passive ou la ventilation mécanique. Le dioxyde de carbone ne peut être traité que par la ventilation.

Les parois perspirantes (respirantes) ne peuvent que limiter les risques liés à la migration de la vapeur d'eau vers l'extérieur
Jean-Michel Pupille - Architecte D.P.L.G.

En résumé :

  • Les parois respirantes et les parois perspirantes sont un seul et même concept
  • Les parois perspirantes ne peuvent pas réguler la température intérieure, la vapeur d’eau ou la présence de CO2
  • Les parois perspirantes peuvent provoquer des dommages soit à l’intérieur soit à l’extérieur des constructions
  • Les seuls moyens passifs en mesure de réguler la température intérieure sont l’isolation thermique et l’inertie thermique par transmission et par absorption
  • Les concepts de parois perspirantes ne sont pas fondés sur la réalité de la physique et doivent être purement et simplement abandonnés


Article précédent sur le sujet
 

Sur le même sujet
La thermique