3-2-1 - La construction écologique et le sens de l'histoire

Le sommaire des infos et concepts des maisons passives
Pourquoi construire écologique ?

Raison 1 : Le sens de l’histoire

Vers une révolution énergétique irréversible



Le sens de l’histoire est la première des dix raisons qui ont été retenues pour justifier de la nécessité des bâtiments écologiques, les constructions qui minimisent le plus l’usage de l’énergie du jour ou elles ont été envisagées jusqu’au jour ou elles seront déconstruites pour cause de vétusté. Cet article constitue un raccourci éclair de plusieurs centaines de milliers d’années d’évolution, de l’aube de la civilisation à nos jours. Le constat est sans appel : alors que nos ancêtres préhistoriques ont tout fait pour s’émanciper de la nature, l’homme moderne devra réapprendre à s’y soumettre s’il ne veut pas être condamné à disparaître… c’est le seul sens possible de l’histoire du monde.

De la préhistoire à la fin deuxième guerre mondiale
L’homme primitif ne dispose pas de grands moyens physiques puisqu’il n’a ni fourrure, ni griffes acérées, ni dents aiguisées ou autre moyen naturel de protection et de défense. Si la nature ne lui a fourni ni protection ni arme, elle lui a transmis un héritage qui s’est avéré primordial : son intelligence. La compréhension du monde qui l’entoure l’a conduit à devenir grégaire parce qu’il a compris que le regroupement facilite la vie, l’entraide et l’assistance réciproque et qu’il favorise, notamment mais pas uniquement, la chasse et la protection contre les prédateurs mais aussi la défense contre les adversaires de sa propre espèce.

Au fil de son évolution, il a fait la découverte la plus révolutionnaire qui n’a jamais été faite, celle qui allait changer son futur à jamais : la maîtrise du feu lui a ouvert les portes de l’énergie à volonté et enclenché, grâce à son intelligence et son instinct grégaire, son processus de domination totale sur toutes les espèces et dans tous les domaines.

Cette découverte du feu lui a assuré bien plus que sa simple survie puisqu’elle lui a simultanément permis :
  • de se protéger du froid et plus largement d’améliorer son confort thermique sans se contenter de subir les saisons,
  • de se protéger des prédateurs parce que le feu peut être autant une protection qu’une arme,
  • de faire cuire puis de manger des produits jusque-là inconsommables en leur état naturel,
  • d’améliorer la qualité sanitaire de l’alimentation débarrassée d’une partie des parasites grâce à la cuisson,
  • de conserver les denrées les plus périssables grâce à l’enfumage,
  • de s’éclairer la nuit mais aussi de bénéficier de lumière à l’intérieur des abris naturels que constituent les grottes,
  • de faciliter la socialisation des individus et d’imposer une gestion du temps pour gérer le feu,
  • de différencier les fonctions des individus, de ceux qui s’occupent du feu et du repas, de la cueillette ou de la chasse,
  • de fabriquer des outils et des armes…
Tous ces effets simultanés et cumulés ont provoqué plus une vraie révolution qu’une simple évolution. La vie, avant et après la maîtrise du feu, n’a plus rien de commun. Le début de la civilisation est né. L’homme ne se contente plus de subir la nature et de s’y adapter, il commence à la modifier pour l’adapter à ces propres besoins.

L’intelligence a été le facteur déterminant de l’adaptation à cette évolution. Les hommes les plus doués sont ceux qui se sont le mieux adaptés et le plus développé en cette première période de croissance de la population humaine.

Le développement de l’intelligence a conduit à la découverte de la culture et à la domestication de certains animaux. Le développement de l’agriculture et de l’élevage associé à la maîtrise de l’énergie a forcé à la sédentarisation puis à l’accroissement des regroupements et, par nécessité, à la construction de bâtiments destinés à protéger récoltes et animaux puis à assurer un confort permanent des occupants.

En sécurité et au confort dans ses habitations, chaque individu a pu disposer de temps libre qu’il à su utiliser pour développer de nouvelles activités au grès de ses envies et de ses capacités. La création s’est associée à la différenciation des fonctions pour conduire à la spécialisation.

La spécialisation a conduit au développement des échanges facilités par l’accroissement des groupements sous forme de hameaux puis de villages et enfin de villes. Le développement du commerce à provoqué une consommation toujours plus importante d’énergie, essentiellement du bois.

Le charbon puis le pétrole, diffusé et utilisé à grande échelle, ont activé l’évolution industrielle grâce à leur facilité d’utilisation et aux puissances disponibles.

La période des 30 glorieuses
Pendant la période des trente glorieuses, de la fin de la deuxième guerre mondiale jusqu’à la première crise pétrolière en 1974, l’augmentation simultanée de la population et de la mise à disposition d’une énergie peu chère et sans limite a conduit à une vitesse d’évolution fulgurante de la consommation dont la courbe est en forme d’exponentielle !!!

Associée au développement extraordinaire des connaissances, cette période à également conduit à la prise de conscience des risques d’une croissance sans contrôle puis, en définitive, aux réactions écologiques actuelles.

1968 - Création du Club de Rome
La conscience des risques liés à cette évolution a commencé à se faire jour au niveau politique mais surtout au niveau de quelques hautes personnalités qui constituent, en 1968, un groupe de réflexion, le « Club de Rome ». En 1970, cette institution missionne le Massachusetts Institut of Technology pour réaliser une étude scientifique, pilotée par Denis Meadow, sur les perspectives et conséquences de cette croissance immodérée.

1972 - Publication du rapport Meadow
Traduit en français par l’expression « Halte à la croissance », la publication du rapport, en 1972, fait prendre conscience des risques pour le climat et des limites des sources d’énergie fossiles. Il est la base de la création des partis politiques écologistes.

1987 - Publication du rapport Brundtland
En 1987, le rapport Brundland à conduit à la définition du développement durable en temps que développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs.

1988 - Création du GIEC
Le Groupement International d’Étude du Climat, organisation intergouvernementale de l’ONU, est créé en 1988. Le GIEC a pour mission de compiler, regrouper et synthétiser méthodiquement et objectivement les études et publications scientifiques, économiques et sociales éprouvées qui permettent de mieux appréhender les risques et conséquences climatiques anthropiques. Il a également pour rôle de concevoir des stratégies d’adaptation et d’atténuation mais ne réalise pas directement les recherches et leur suivi. Cette méthode d’action garantie son indépendance.

1992 - Sommet de la terre à Rio
En 1992, le sommet de la terre à Rio, au Brésil, a permis l’adoption de décisions essentielles :
  • Le principe de précaution,
    • Le principe des responsabilités communes mais différenciées,
    • Le principe du droit au développement,
    • Les Agenda 21, plans d’action territoriaux concernant tous les aspects du développement durable pour le 21ème siècle,
    • La Déclaration sur la gestion, la conservation et le développement durable des forêts,
    • La convention sur la diversité biologique,
    • La Convention Cadre des Nations Unie sur le changement climatique,
    • La Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification.
1997 et 2005 - Protocole de Kyoto
Le protocole de Kyoto, a été signé en 1997 pour application à partir de 2005. C’est le seul accord international réellement mis en œuvre qui concerne la limitation des Gaz à Effet de Serres, les GES. Les États-Unis ne l’ont pas ratifié. Le protocole de Kyoto est rentré en application en 2005.

2006 - Rapport Stern
En 2006, Nicolas Stern publie un rapport destiné à limiter les conséquences des actions humaines sur le climat. Sa fonction d’économiste lui a assuré une crédibilité supérieure à celle des climatologues et ses conclusions semblent avoir reçu un meilleur accueil auprès des dirigeants politiques :

La capacité de la terre à détruire les GES est la limite de leur production
Les bénéfices de l’action dépassent les coûts de la non-action
La transition vers une société décarbonée est source de croissance

Le rapport fournit de nombreuses solutions telles que :

  • la fixation du prix du carbone par le commerce, les taxes ou la réglementation,
    • la favorisation des technologies décarbonées à haut rendement et de l’efficacité énergétique,
    • le développement de la réglementation et des normes minimales,
    • le développement de l’étiquetage,
    • le démantèlement des obstacles à l’inertie comportementale,
    • le développement de l’information, de la connaissance et de l’éducation sur le climat,
    • le développement de la compréhension partagée des objectifs de la politique sur le climat,
    • le développement des institutions efficaces pour la coopération,
    • le partage des meilleures pratiques professionnelles,
    • le développement de l’adaptation simultanément à l’atténuation et à l’innovation,
    • le développement de la diversification, de la flexibilité et du capital humain,
    • le développement l’action collective et la coopération internationale,
    • l’arrêt de la déforestation.
2007 - Dernier rapport du GIEC
En 2007, la conclusion du dernier rapport complet du GIEC est sans appel :

Confirmation de l’incidence anthropique
L’activité humaine est responsable du réchauffement climatique
du fait de l’augmentation des GES anthropiques avec un taux de certitude de 90 %

2008 - Rapport du CSIRO par Graham Turner
Alors qu’aucun gouvernement ne les a prises en compte, dans aucun pays, les conclusions des analyses prévisionnelles du rapport Meadow de 1972 sont proches de la réalité, c’est ce qu’atteste un rapport du CSIRO par Graham Turner réalisé plus de 35 ans plus tard, en 2008. Les évolutions de la population, des usages des énergies fossiles, de la pollution et les modifications du climat sont attestées.

2009 - Conférence de Copenhague
En 2009, la conférence de Copenhague, aux Pays Bas, a accouché d’un premier accord d’intention mondial mais non contraignant, visant à réduire de moitié les émissions de GES en 2050 par rapport à celles de 1990, pour ne pas dépasser une augmentation moyenne de température de plus de 2 °C en 2100 par rapport à l’ère préindustrielle en 1850

2010 - Conférence de Cancun
Lors de la conférence internationale sur le climat de Durban, au Mexique, en 2010, quelques décisions ont été prises mais sans grande incidence sur l’évolution du climat à court terme :

  • Création d’un fond vert pour le climat
  • Mise en place d’un système d’aide à la conservation des forêts
  • Obligation de publication des émissions par tous les pays
  • Création d’un Comité de l’adaptation au dérèglement climatique
  • Création d’un comité chargé d’accélérer les transferts technologiques du Nord vers le Sud.
2011 - Rapport intermédiaire du GIEC
En 2011, les nouvelles conclusions du GIEC attestent de la possibilité de limiter considérablement l’utilisation des énergies fossiles et nucléaires qui pourront, quoi qu’en disent les tenants Français du nucléaire à tout prix, être remplacés, en grande partie, par les Énergies Naturelles Renouvelables :

En 2050, 80 % des énergies pourraient provenir des ENR

2011 - Conférence de Durban
Fin 2011, la conférence de Durban, en Afrique du Sud, n’a abouti à aucun véritable accord. Elle s’est achevée sur la prolongation du protocole de Kyoto jusqu’en 2015 mais sans le Canada, le Japon et la Russie qui l’abandonnent.

L’histoire de l’homme à réellement commencée à l’aube de la civilisation, le jour ou l’énergie lui a permis de s’affranchir du joug de la nature. Plusieurs centaines de milliers d’années plus tard, on constate que cette histoire ne résulte que d’une course permanente à l’énergie. Les besoins effrénés d’énergie, évoluant comme la population et la pollution en forme d’exponentielle, ont abouti à une consommation irraisonnée qui ne pourra pas durer parce qu’elle conduit inexorablement à assécher la terre. Cette limite ultime arrivera quoi que l’on fasse, la seule chose qui ne peut pas préciser avec exactitude est l’échéance. Quoi que l’on fasse, le sens de l’histoire nous conduira vers une révolution énergétique irréversible après laquelle la prise en compte de l’écologie sera la seule règle. En attendant, la seule réduction de la consommation des énergies fossiles ne sera pas suffisante pour limiter la pollution, elle ne fera que ralentir la vitesse de leur disparition déjà évoquée. La production et l’utilisation d’énergies propres et renouvelables en corrélation avec l’efficacité énergétique doivent d’ores et déjà et mise en œuvre simultanément, ce sont les seules qui permettront de ralentir puis de réduire les dégâts déjà apparents. Dans le domaine de la construction, comme ailleurs, les seules réalisations acceptables seront les plus écologiques, celles qui fusionneront ces notions comme dans le concept de « Maison passive » à énergie positive qui deviendra la norme.

L’histoire de l’homme est celle d’une course permanente à l’énergie
qui conduit inexorablement à une révolution écologique
un futur orienté vers une énergie propre illimitée

Dans le domaine de la construction
la production et l’utilisation d’énergies propres et renouvelables
ainsi que l’efficacité énergétique seront la règle
D’une évolution lente et sans grande incidence sur la nature, la conquête de l’énergie à conduit à une explosion de la pollution que, pour conclure, la vidéo suivante démontre parfaitement en faisant un résumé de « 300 ans d'energies fossiles en 300 secondes »



En résumé :

  • Notre histoire n’est que le résultat d’une course permanente à l’énergie
  • Le sens de l’histoire nous conduira vers une révolution énergétique inévitable et irréversible
  • La prise en compte de la nature est le seul sens possible de l’histoire du monde
  • La production et l’utilisation d’énergies propres doivent être développées simultanément à l’efficacité énergétique
  • Le concept de « Maison passive » à énergie positive deviendra la norme
  • Dans un avenir sans énergie fossile, l’écologie sera une règle commune à toute action


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